La vietnamisation de la guerre 4

C’est à la France de choisir.
Pignon ne survivra pas, cette fois, au désastre. Sa démission est acceptée, tandis qu’un nouveau sondage de paix d’Hô Chi Minh est écarté, à peine esquissé, par Vincent Âuriol (novem¬bre 1950) 14.
Le général de Lattre de Tassigny est nommé haut-commis¬saire et commandant en chef (6 décembre 1950). Pour sauver la situation, le gouvernement croit nécessaire de réaliser l’unité du commandement civil et militaire. Par une action énergique et immédiate, de Lattre redresse le moral de l’armée, galvanise ses troupes, inflige à Giap des échecs cuisants. Il obtiendra un répit de 13 mois, jusqu’à sa mort, en janvier 1952, au lendemain de l’indécise bataille d’Hoabinh. Il a opéré aussi un tournant décisif. Il a appliqué la décision du gouvernement de créer, cette fois, une « armée nationale vietnamienne ». C’est donc le début de la véritable « vietnamisation de la guerre », le déchaînement de la guerre civile souhaitée et recommandée par Valluy et Pignon, toujours dans le même but : écraser la rébellion vietminh (sic). Recrutée par Bao Dai, entraînée par les Français, équipée, armée et aussi largement financée par les Etats-Unis, cette « armée nationale vietnamienne », qui attein¬dra 200000 hommes dès la fin de 1952, est destinée à prendre, à terme, la relève des forces françaises dans la lutte contre le Viet Minh communiste. L’Amérique est dès lors engagée, car Hô Chi Minh lui apparaît comme un petit satellite de Mao, lequel a maintenant attaqué les Alliés en Corée (octobre 1950). Corée, Indochine; même combat.

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Lorsque, peu après la mort de Staline, prennent fin les hostilités en Corée, la France se retrouve seule, en Asie, à poursuivre une guerre, la guerre contre l’adversaire qu’elle s’est donné : Hô Chi Minh et son armée, dont la puissance politique et militaire croît au fur et à mesure que le régime Bao Dai se discrédite et révèle son incapacité. Ce n’était sûrement pas le meilleur cheval qu’avait choisi la droite française pour démon¬trer au Vietnam ce qu’étaient la liberté et la démocratie libérale. La Chine, quant à elle, a obtenu de la RDVN que revienne au grand jour le parti communiste, clandestin depuis 1945. Le Parti des travailleurs du Vietnam (Lao Dong) a succédé, en février 1951, au PCI (Parti communiste indochinois). Prenant acte de la liquidation officielle par la France de la Fédération indochinoise (novembre 1950), les communistes vietnamiens, khmers et laotiens ont décidé de doter chaque pays d’un parti national, mais ils mèneront, en commun, le combat contre les colonialistes et les impérialistes.
Les généraux français veulent désormais « casser du Viet », pour pouvoir, un jour peut-être, négocier en position de force. Ils croient pouvoir limiter l’expansion et la mobilité des forces de Giap, verrouiller par exemple le Laos en installant une petite armée en pays thai, dans la cuvette de Dien Bien Phu (novembre 1953). Giap viendra l’assiéger sans tarder, tandis qu’Hô Chi Minh, une fois encore, laisse entendre qu’il est prêt à négocier avec la France si celle-ci est disposée à cesser les hostilités, à reconnaître l’indépendance réelle du Vietnam et à en retirer ses troupes. La guerre s’étend maintenant au Laos, puis au Cambodge. Dans le Sud, la guérilla fait rage depuis six ans.
Cette fois, la France envisage sérieusement de négocier. Elle a choisi la « solution internationale ». Elle croit pouvoir, avec l’aide de ses alliés, obtenir du camp communiste, de Moscou et de Pékin, apparemment avides de détente, un abandon d’Hô Chi Minh, en échange de concessions économiques. Moscou n’a-t-il pas, en son temps, laissé tomber Markos en Grèce? Une conférence internationale, destinée à mettre fin aux conflits de Corée et d’Indochine, est décidée par les Quatre Grands réunis, en janvier 1954, à Berlin. Cette conférence s’ouvre à Genève, alors que Giap vient précisément, le 8 mai 1954, d’enlever Dien Bien Phu.

Genève, et le retour à la case départ
Il faut bien, pour faire démarrer la conférence et la négocia¬tion, que la France admette cette fois, non pas le « Viet Minh rebelle », mais la République démocratique du Vietnam accré¬ditée et soutenue par l’Union soviétique et la Chine populaire. Mais Paris parvient à occulter cet échec politique majeur. La France, déclare le gouvernement Laniel-Bidault, ne recherche à Genève qu’un armistice, non un règlement politique, qu’il appartiendra à l’État vietnamien de discuter plus tard. C’est pourquoi Bidault propose un armistice sur place (solution dite de la « peau de léopard »), ce qui permettrait d’isoler l’armée populaire et les guérilleros de Giap et de négocier ultérieure-ment le « ralliement » ou la soumission du « Viet Minh » au régime de Saigon. Mais l’adversaire lui fera comprendre qu’un armistice n’est concevable que s’il s’accompagne d’un minimum d’accord politique, et que la situation militaire n’est plus à l’avantage des Français.
Bidault s’acharnant sur ses positions et menaçant, si le Viet Minh s’obstine, de laisser les États-Unis intervenir en Indo¬chine, le gouvernement Laniel est renversé, le 12 juin 1954, par l’Assemblée nationale.
La RDVN, par la bouche de Pham Van Dong, a présenté un plan proposant, outre la cessation des hostilités, un retrait de toutes les forces étrangères du Vietnam, suivi d’élections générales, et une coopération économique et culturelle avec la France.
Le 10 juin, sa délégation propose secrètement aux Français un partage militaire provisoire de nature à amorcer une coopération ultérieure entre la RDVN et la France, permettant à celle-ci de conserver ses positions essentielles en Indochine sans avoir besoin de recourir à l’aide américaine.
Cependant, Pierre Mendès France a succédé à Laniel, et il accepte immédiatement, lui, de lier les problèmes politiques et militaires. Mais il ne semble pas plus que Bidault comprendre le sens profond du message du 10 juin.
L’accord de Genève, conclu par lui, le 20 juillet 1954, par¬ dessus la tête de Bao Dai réticent et malgré le refus du nouveau premier ministre de Saigon, Ngô Dinh Diem, marque la fin des hostilités en Indochine et l’échec final d’une campagne de sept ans, parfaitement inutile.

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