La vietnamisation de la guerre 3

En deux mois, tout est bâclé : vote d’une loi française créant une Assemblée territoriale de Cochinchine, élection de cette Assemblée, vote de celle-ci conforme aux exigences de la raison d’État et enfin transfert de la Cochinchine au Vietnam.
Bao Dai se décide alors à revenir au Vietnam (28 avril 1949). Il s’installe à Dalat, confirme Xuân comme chef du Gouverne¬ment provisoire. Il prend pour lui le titre de chef d’un « État du Vietnam » qui est alors proclamé.

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Le Vietnam, champ de bataille entre l’Ouest et l’Est
Ainsi naît un second État vietnamien, créé cette fois par les Français, mais qui prétend exercer son autorité sur le même territoire que la RDVN. En fait, et en gros, l’armée française y tient les villes, l’armée et les milices d’Hô Chi Minh les campagnes.
Ni monarchie ni république, cet « État du Vietnam » est sans base populaire, sans Assemblée nationale, même consultative, sans Constitution et, pendant des années, sans budget. Ses quelques partis politiques ne sont que des chapelles, des camarillas, des clientèles de personnalités. Il est entièrement dans la dépendance de l’armée, de la police et du Trésor français. Il va se développer en un régime de palais, où les intrigues se noueront au sein, ou autour, du « cabinet impé¬rial », véritable bureau politique. Le souverain y donne l’impression de n’être presque qu’un symbole. À l’arrière- plan, les chasses, le jeu, les femmes, les places, la piastre. Pour ce régime, Hô Chi Minh n’est plus qu’un rebelle, qu’il faut écraser, réduire, ou forcer à se soumettre. On est dans le droit fil des notes d’orientation de M. Pignon du début 1947.
Au cours de l’été 1949, la Chine bascule dans le monde communiste. Shanghai tombe fin avril. Le 1er octobre, Mao Zedong proclame à Pékin la « République populaire de Chine », et, en décembre, ses armées parviennent à la frontière du Vietnam. C’est le moment où, après des mois de négocia¬tions portant sur plus de cinquante conventions et accords, la France transfère enfin au Vietnam sa souveraineté (30 décembre 1949). Elle demande à ses alliés atlantiques et au reste du monde de reconnaître cet État baodaïste, « État associé », tout comme le Cambodge et le Laos, qui ont bénéficié du même transfert. Washington et Londres, prudents, ajournent toute décision jusqu’à ce que les accords franco-vietnamiens aient été ratifiés par le Parlement français.
Mais le gouvernement Hô Chi Minh, du fond de la Haute Région tonkinoise où il est replié, proclame alors au monde qu’il prend acte du transfert de la souveraineté française au Vietnam, mais qu’il est, lui, le seul gouvernement légitime de ce Vietnam. Il demande donc à tous les gouvernements du monde de le reconnaître comme tel. Le 16 janvier 1950, la Chine de Mao lui accorde cette reconnaissance, et elle est suivie, le 30 janvier, par l’Union soviétique et, peu après, par les autres pays socialistes d’Europe. Moscou fonde sa décision sur le fait que la France a signé avec la RDVN l’accord du 6 mars 1946 et qu’il est évident que ladite République a le soutien de la population et exerce son autorité sur la majeure partie du pays. Hô Chi Minh va lui-même à Pékin et à Moscou négocier les programmes d’aide qui suivent cette reconnaissance et il a pu rencontrer personnellement Staline (avril 1950).
Washington et Londres doivent alors reconnaître Bao Dai (février 1950), tandis que Paris ne peut plus, désormais, établir (comme il en avait l’intention) de relations diplomatiques avec Pékin.
Le Vietnam devient ainsi, en février 1950, le théâtre d’un affrontement entre les deux blocs par France et RDVN inter¬posés. Les États-Unis vont aider la France à imposer Bao Dai, la Chine va donner à Hô Chi Minh les moyens de retourner la situation en sa faveur. L’entrée en lice des Américains va fasciner la droite vietnamienne, au point que la France lui apparaîtra désormais comme un simple relais — encore utile mais temporaire — de Washington, avec qui elle veut avoir un contact direct. Pignon, effrayé par cette dérive, s’interrogera dès mars 1950 sur le sens de cette lutte. À quoi bon poursuivre, à quoi rime ce sacrifice de tant de vies françaises, de tant d’énergies et de ressources ? C’est le début du scepticisme, du doute, du découragement.
Avec le déclenchement de la guerre de Corée, en juin 1950, l’affrontement direct avec la Chine se précise. L’armée popu¬laire vietnamienne (RDVN), équipée massivement par Pékin, assène, en septembre 1950, son premier coup sérieux. L’éva¬cuation de Caobang tourne au désastre, obligeant les Français à abandonner aussi Langson et toute la frontière La RDVN et la Chine populaire ont désormais une longue frontière commune. Armes et approvisionnements chinois vont affluer chez Hô Chi Minh. Le général Juin, chargé par le gouvernement Pleven de faire le point sur la situation, se demande lui aussi, dans son rapport du 7 octobre 1950, s’il vaut encore la peine de continuer la guerre :
Il reste à savoir si la France estime toujours que l’énorme dépense d’argent et de vies humaines que nous supportons depuis cinq ans, en compromettant de surcroît notre sécurité occidentale, se trouve compensée par les avantages que procure le rattachement de l’Indochine à l’Union française. Si le pays ne le pense plus, il faut qu’il soit mis en face des deux solutions qui restent alors possibles, à savoir :
1° Traiter avec Hô Chi Minh. […] Ce serait un aveu d’impuissance qui aurait un grand retentissement dans toute la France d’outre-mer, sans parler des conséquences politiques d’un tel abandon et des torrents de sang qui couleraient en Indochine.
2° Porter la question sur le plan international, c’est-à-dire à l’ONU. Cette solution permettrait de retirer la majeure partie de nos forces au fur et à mesure de leur relève par les forces des autres parties permanentes de l’ONU. Ce serait tout de même un abandon moral, et il faudrait sans doute du temps pour amener le Conseil de sécurité à se prononcer sur un fait d’agression difficilement caractérisé.

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